Pour profiter au maximum de l’expérience de lecture, Cinestoire vous propose une playlist de rock britannique des années 1970 – 1980 : https://www.youtube.com/playlist?list=PLvIp_DkkWVD8c8FKhCQru7zPOfIBess7k

 « London calling to the faraway towns. Now war is declared – and battle come down ». L’émeute débute et la musique galvanise les protestants. Les émeutiers hurlent dans la rue. En face, les policiers chargent à toute allure. Les manifestants courent dans tous les sens. Des matraques sont abattues, des grévistes sont roués de coups. Tony, un manifestant, se retrouve acculé contre un mur et aperçoit au loin des policiers s’élancer sur lui. Soudain, une porte s’entrouvre et Tony profite de cette occasion pour fuir le tumulte. Deux forces de l’ordre quittent les rangs pour poursuivre le jeune homme. C’est une course poursuite qui s’engage entre les trois protagonistes. Au détour des maisons, des petites rues, des cours de jardins, c’est un véritable dédale que doit traverser Tony.

Les cris, mêlés aux paroles de la chanson, hurlent un râle d’agonie. Billy, le petit frère, entend au loin la guerre qui gronde dans son village. Son grand frère continue de courir et traverse toutes les maisons du quartier pour fuir les agents de l’Etat. Alors que Billy grimpe sur le rebord d’un muret pour observer cette scène de guérilla, Tony lui pense s’être sorti d’affaire. Arrivé à l’extérieur d’une maison, c’est plus d’une centaine d’agents de police qui l’attendent. Pris de panique, il rebrousse chemin. En tentant de trouver une issue de secours, Tony est encerclé, molesté puis menotté. Billy, témoin de la scène, ne peut que baisser la tête. La lutte, comme la musique s’éteint.

Dans le tournant des années 1950, la musique britannique est alimentée par des courants artistiques venus du monde entier (principalement américains). Le rock anglais apparaît avec des groupes musicaux naissant, tel que les Beatles ou les Rolling Stones. Cette nouvelle génération du « Baby-Boomer » se déclare en opposition avec l’idéologie de leurs parents, notamment par le biais de la musique. Le simple écart social et culturel devient ensuite un écart d’ordre politique. Lorsque le pays traverse la crise « Tchatcher » (1979 – 1990), la musique intériorise ce sentiment de mal-être dans un pays déviant. La frustration est omniprésente en Grande-Bretagne. Des groupes comme Madness, Dexys Midnight Runners, The Who, etc… deviennent les égéries d’un mouvement de lutte contre les grands du pouvoir. La liste est non-exhaustive et peut s’étendre sur un large répertoire allant du rock classique, au « glam-rock », pour même dévier vers le punk. Si on étudie chaque groupe et chaque mouvement conjointement, il est évident qu’aucun ne se ressemble. A titre d’exemple, le groupe Queen et Sex Pistols, tous deux contemporains, sont en claires oppositions artistiques. Cependant ce qui peut rallier tous ces styles musicaux, c’est leur aspect de provocation contre un gouvernement qui les fustige.

Ce qui est à noter, c’est que tous ces groupes, et donc leurs musiques, sont censurés par l’Etat britannique (entre 1960 et 1990). Pour le gouvernement, qui contrôlait la BBC, seul deux heures de rock étaient diffusées par semaine à la radio, et cela uniquement de nuit. La cause de cette décision : les musiques rock/punk seraient nocives pour la population, surtout pour la jeunesse. Pour contrer cette loi, des stations pirates ont fleuri et la plus emblématique d’entre elles reste Radio Caroline, installée en Mer en Nord (en off-shore). Cette histoire de radio pirate a été reprise dans le long-métrage Good Morning England (2009), de Richard Curtis. L’histoire est celle d’un équipage d’un bateau, qui diffuse 24h/24 du rock par le biais d’une radio pirate. Le film dépeint le combat de ces disc-jockeys pour pouvoir diffuser de la musique à tous les citoyens britanniques. Même si les décisions gouvernementales interdisent l’écoute clandestine, le début du film nous rappelle que chaque anglais écoutait la radio pirate en cachette. Le tout premier plan du film s’amorce avec le portrait de quelques britanniques écoutant la radio, pour s’agrandir, ajoutant de nouvelles personnalités, pour enfin offrir un tableau gigantesque avec plus d’une centaine de personnes profitant du rock anglais. La musique n’est encadrée par aucune loi. Même en l’interdisant, il y a toujours un moyen de se la procurer. Comme le prouve la secrétaire du ministre de la censure qui n’hésite pas à écouter la radio pirate lorsque le personnel a quitté les locaux.

Outre la censure du rock, la Grande-Bretagne a connu d’autres heures sombres. L’indépendance de l’Irlande a entrainé une montée de la violence, dont la désastreuse journée « Bloody Sunday ». En Angleterre, le « Thatchérisme », plonge le pays dans une phase dépressionnaire. Entre 1985 – 1986, gouvernement de Margaret Tchatcher entreprend une titanesque réforme salariale. L’usine, l’extraction de minerais appartiennent à l’ancien temps. L’avenir est au numérique et à l’informatique. Dans ce grand chamboulement, les laissés pour compte sont les industriels. Margaret Thatcher sort gagnante de ce bras de fer contre les miniers. Le revers de la médaille est que le fossé des inégalités se creuse. Au cinéma, le film Les Virtuoses (1996), de Mark Herman avait ouvert le bal, en montrant à l’écran les désastres de ce changement politique. Le public est invité à suivre la vie des ouvriers en grève pour la réouverture de leur mine. En parallèle, une partie de ces miniers participent à la fanfare. Bien que le film reste iconique pour son plan dans la ville où la fanfare effectue un concert solennel, symbolisant le dernier coup d’éclat des miniers britanniques, c’est cependant Billy Elliot (2000), de Stephen Daldry, qui est devenu le fer de lance de cette protestation.

Dans un village perdu dans le nord de l’Angleterre, Billy est un enfant en deuil suite à la disparition de sa mère. Il découvre à l’âge de onze ans, l’adolescence, la grève, les manifestations, les affrontements, et en opposition à tout cela, la beauté de la danse. Comme dans Good Morning England, la chose qui est marquante, c’est sa bande originale. Tout le long-métrage est ponctué de musiques rock qui, d’abord, rappellent le milieu populaire d’où provient le jeune garçon, mais aussi la rébellion que prônent ces dernières. Le morceau plus fameux est London Calling du groupe The Clash – avec ces paroles qui appellent à une lutte armée. Dans ce film, ce sont deux univers qui s’entrechoquent : des compositions classiques, plus conservatrices, symbolisées par Le lac des cygnes face à des musiques plus émancipatrices, principalement par le groupe T. Rex et son album Electric Warrior.

A l’instar d’un enfant qui s’émancipe, Sing Street, (2016) de John Carney, raconte l’histoire de Conor, un élève irlandais de 15 ans. Alors qu’une dépression économique touche l’Irlande, les parents de Conor n’ont plus l’argent pour payer l’école privée du garçon. Ce dernier doit rentrer dans une école publique catholique ; il y découvre un univers morose où la musique est prohibée. Pour inverser cette restriction, Conor décide de monter un groupe musique en s’inspirant de ses groupes préférés. Avec un côté « teen movie » assumé, la musique participe énormément à l’ambiance du film. Elle devient un personnage à part entière, un élément d’émancipation. Tandis que tout l’entourage de l’adolescent subit les revers des décisions politiques, Conor s’efforce de réaliser ses rêves musicaux. Même s’il est jugé, moqué, décrié, l’adolescent reste fidèle à ses ambitions. On peut y voir un parallèle avec la musique britannique des années 1970 – 1980, qui continue de créer, de défier alors qu’une censure politique est en vigueur.

En passant par The Seekers, Duran Duran, The Kinks, David Bowie ou encore The Cure, la musique britannique est devenue omniprésente dans notre culture. Elle rappelle cette période prolifique de création artistique. Au sein des îles britanniques, les guerres, les crises sont récurrentes. Cette musique rock s’est interposée en tant que cri d’alarme. La couronne royale est pointée du doigt et de nouvelles mœurs sont exposées par le biais de ce vecteur artistique. Au cinéma, la chanson Cosmic Dancer de T. Rex devient le parallèle à l’envie de Billy d’apprendre à danser – dans un monde où ce sport est réservé aux femmes. Town Called Malice de The Jam fait comprendre aux spectateurs la torpeur que ressent le personnage de Conor, mais aussi la ville de Dublin – dans le film Sing Street. Enfin l’ensemble des musiques utilisés dans Good Morning England transmettent le bonheur d’écouter des musiques qui nous parlent.

L’étude du rock, plus spécifiquement au cinéma, peut facilement devenir une longue liste factuelle. Puis, le rock au cinéma peut se dériver vers d’autres styles, tel que le punk. Le groupe Sex Pistols et leur chanson God save the Queen est devenue la forme de révolte la plus provoquante. Ce simple morceau illustre le côté révolutionnaire d’un personnage ou d’une action. Encore aujourd’hui, des œuvres cinématographiques utilisent des morceaux de groupes des années 1970 ou 1980. Tout récemment, la série Stranger Things, avait recours à la chanson Shoud I stay or shoud I go du groupe The Clash, pour marquer l’ambiguïté que ressentait le personnage de Jonathan. Le rock britannique continue encore d’exister. Nombreux films s’offrent le plaisir d’introduire des musiques britanniques dans leur récit : Sid and Nancy (1986 ; dir. Alex Cox) ; The Full Monty (1997 ; dir. Peter Cattaneo) ; This is England (2006 ; dir. Shane Meadows) ; Sex and Drugs and Rock and Roll (2010 ; dir. Mat Whitecross).

Alexandre

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