Tenet

Réalisateur : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Sortie : 2020
Acteurs : John David Washington, Robert Pattison, Elizabeth Debicki
Note du film : 4,5/10

Pour son nouveau film, Christopher NOLAN n’a pas lésiné sur les moyens : avec un budget gargantuesque de plus de 200 millions de dollars, ce blockbuster a plusieurs fois été repoussé, avant d’enfin sortir en salle en cette fin du mois d’août 2020. En raison de la crise sanitaire mondiale – qui a fortement affecté le secteur de l’industrie cinématographique – le « nouveau NOLAN » était très attendu.

Le réalisateur porte à l’écran un film de science-fiction sur un espion américain engagé dans un conflit dit « temporel ». En effet, l’inversion du temps est au cœur de l’enjeu de ce conflit, élaboré au sein d’un scénario à tiroirs. D’ailleurs, cette complexité et densité se reflètent dans l’intitulé du film. En effet, le titre du film est lui-même une figure de style : le mot « tenet » est un palindrome, puisqu’il se lit de la même façon à l’envers et à l’endroit, en symétrie parfaite. Dans la langue de Shakespeare, ce terme signifie le « précepte », c’est-à-dire un principe, une croyance ou une doctrine, généralement considérée comme vraie. Ainsi, dans le nouveau long-métrage de Christopher NOLAN, le signifiant et le signifié s’entrecroisent pour élaborer une réflexion sur le temps, jusqu’à bousculer nos sens.

Tenet nous projette dans l’espionnage mondial. Après un test psychologique – explosif et presque mortel – un agent doit faire son possible pour éviter une Troisième Guerre mondiale. Pour cela, il doit se familiariser avec la technique de « l’inversion du temps », qui échappe à l’humanité mais qui la menace. Le scénario est, défavorablement, faussement compliqué : la lourdeur du jargon scientifique devient une surcharge pour nos sensations humaines.

En effet, le scénario du film s’appuie avant tout sur l’inversion du temps : un objet peut voir son entropie être altérée et inversée. L’objet ne suit pas la ligne directrice du temps telle que nous la connaissons, mais la suit à l’envers. L’exemple récurrent du film – qui est aussi l’image la plus frappante du danger que représente cette inversion du temps – est celui d’une balle inversée, c’est-à-dire qu’elle peut retourner dans la gâchette avant même d’avoir été tirée. Les théories scientifiques semblent faire de l’ombre à cette expérience empirique du monde difficilement concevable pour les spectateurs. Les séquences du film s’inscrivent dans la rapidité, d’autant plus avec des actions souvent précipitées – non pas par l’étalage du scénario, mais plutôt parce que le film tente de perdre le spectateur. Finalement, le film manque de clarté, de limpidité. A ce scénario alambiqué s’ajoute une bande son très cacophonique, bien plus bruyante que musicale, rendant le film presque assourdissant. Il est regrettable que cette bande son soit oubliable, d’autant plus qu’elle a été composée par le suédois Ludwig GÖRANSSON – qui est à l’origine des titres de l’artiste Childish GAMBINO, ou encore des musiques de la série Mandalorian de Star Wars

Le personnage principal n’a pas d’identité propre, puisqu’il n’est déterminé que par un nom commun : il n’est autre que le « protagoniste » de ce scénario d’un monde nouveau – du moins dans une nouvelle dimension temporelle. Nous ne connaissons rien de cet agent de la CIA – ni ses origines, ni sa famille, ni son entourage… : il est immédiatement placé dans le rôle de celui qui doit sauver le monde. Le réalisateur oblige le spectateur à s’attacher uniquement au destin du héros. D’ailleurs, le « protagoniste » ne semble pas impressionné par le concept même du voyage temporel : il reste froid, mais surtout persévérant dans sa mission. A l’inverse, dix ans plus tôt, dans Inception, le personnage Ariane – joué par Ellen PAGE – devient l’avatar du spectateur qui découvre un monde inconnu. Parallèlement, dans Tenet, le personnage de Neil – incarné par Robert Pattinson – est celui qui nous fait ressentir cette découverte.

Depuis le film Dunkerque, Christopher NOLAN a cessé d’écrire ses films avec son frère. En effet, la fin de la contribution de Jonathan DOLAN dans les projets cinématographiques de son ainé – qui remonte donc à 2017 – se fait ressentir dans les scénarios. D’ailleurs, depuis les deux derniers films de Christopher NOLAN, les personnages restent oubliables et servent simplement les fonctions pour l’intrigue.

Le film tire avant tout sa force d’un décor permettant de réaliser des plans spectaculaires, dirigé par Nathan CROWLEY – qui a déjà travaillé sur les décors d’anciens films de Christopher NOLAN, dont Le prestige et The dark knight. Les cadres et les angles sont parfaitement travaillés, notamment lors de courses-poursuites et affrontements. La mise en scène est tout à fait impressionnante, notamment avec la restriction des effets spéciaux – comme le crash de l’avion au sein de l’aéroport d’Oslo.

Cette maitrise de la caméra est particulièrement surprenant grâce au retourneur de temps. Dans ce monde plutôt terne, quelques couleurs éclatantes – le bleu et le rouge en l’occurrence – deviennent les témoins de la rencontre entre deux temps, le présent et l’avenir, ou le futur et le passé. Le film est tout de même remarquablement porté par un casting riche, dont les carrières sont prometteuses. Pour son personnage principal, le réalisateur donne la réplique au fils de Denzel WASHINGTON : John David WASHINGTON. Ce dernier avait déjà fait ses preuves dans BlacKkKlansman de Spike LEE. Il est aussi prodigieusement secondé par Robert PATTINSON, tout en étant entouré d’Elizabeth DEBICKI, Clémence POESY, Kenneth BRANAGH. Ils partagent tous l’affiche avec Michael CAINE, l’acteur fétiche de Christopher NOLAN.

Pour conclure, les images du film sont marquantes et spectaculaires ; néanmoins, la colonne vertébrale du scénario est plutôt désarticulée. La forme est riche, mais le fond est appauvri par les lacunes quant à la compréhension du déroulement de l’histoire. Christopher NOLAN parvient tout de même à nous déstabiliser en tant que spectateur, car le temps va concrètement à l’encontre de l’humain. Il joue de nos conventions, de nos sensations, de notre philosophie du temps, qui implique aussi notre mémoire et notre identité. Il joue de nos limites humaines et parvient, grâce au cinéma, à proposer une autre vision temporelle du monde. Finalement, comme l’énonce la scientifique Laura – interprétée par Clémence POESY – « ne cherchez pas à comprendre ». Nous pouvons louer le talent de Christopher NOLAN pour ce film d’action, mais nous restons sur notre fin pour le contenu même du scénario. Pour mieux comprendre Tenet, on ressent la nécessité de revoir une nouvelle fois le film.

Vous pouvez aussi vous tourner vers un film marquant de la filmographie de Christopher NOLAN : Inception. Sorti en 2010, ce thriller de science-fiction porte sur un spécialiste de l’extraction d’idées dans le subconscient d’une personne en train de rêver, et qui entreprend, avec son équipe, de tenter une inception – c’est-à-dire l’implantation d’une idée dans l’esprit d’un homme. Fort de son succès et loué pour son originalité, ce film a remporté quatre Oscars.

Ambre

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