Amadeus

Réalisateur : Milos Forman
Scénario : Milos Forman, Peter Shaffer
Sortie : 1984
Acteurs : Tom Hulce, F. Murray Abraham, Elisabeth Berridge
Note du film : 9/10

En 1781, un jeune homme prometteur fait son entrée à la cour impériale de Vienne. L’empereur Joseph II et son entourage, dont le compositeur italien Antonio Salieri, accueillent triomphalement le futur prodige auquel on loue énormément de qualités : Wolfgang Amadeus Mozart. Cependant, dès leur première rencontre, Salieri tombe des nues en découvrant que le futur génie de la cour n’est autre qu’un être obscène et puéril. Néanmoins, par son immense talent, Mozart obtient les grâces des dirigeants, mettant petit à petit dans l’ombre la personne de Salieri. Pour réprimer cette injustice, le musicien italien entreprend d’évincer et d’humilier ce jeune surdoué arrogant.

Adapté d’une pièce de théâtre, Milos Forman, réalisateur tchécoslovaque, est subjugué par cette œuvre et souhaite l’adapter au cinéma. Amadeus n’est donc pas un biopic à proprement parler mais plutôt une histoire fantasmée. Mozart n’est pas le personnage principal, car c’est Salieri qui devient ici le véritable héros et narrateur du long-métrage. Le film s’ouvre même sur les dernières heures du compositeur qui clame haut et fort avoir tué son rival.

Dès les premiers plans, le film immisce le spectateur dans son thème principal : la Misère. Sujet souvent abordé et parfois mis à l’écran de façon manichéenne ; Amadeus ne tombe cependant jamais dans le mielleux. Le tour de force réside surtout dans son exploitation du sujet en double teinte.

La misère est au premier plan mis en valeur par les revenus financiers des deux compositeurs. Salieri est un homme fortuné, gagnant sa vie en éduquant musicalement les grands de la cour. A l’inverse, Mozart est décrit comme un « panier percé », refusant de se rabaisser à devenir un professeur pour la royauté. A sa manière, même si sa famille est en difficulté, le compositeur préfère composer plutôt que devenir un laquais pour l’empereur d’Autriche.

Dans un second temps, le thème abordé est figuré par la misère artistique et créative. Salieri est un bourreau de travail. Pourtant, l’italien doit s’affairer continuellement à la composition, prenant parfois des mois pour la création d’un opéra. Du côté de Mozart, tout lui est inné. La musique lui vient naturellement ; la mélodie est immédiatement inscrite sur le papier. Mozart l’affirme lui-même : « Tout est dans ma caboche, le reste n’est que gribouillis ». Salieri est conscient du génie de Mozart. C’est même pour cela que le compositeur italien voue une haine sans nom envers le virtuose.

Mozart est, dit-on, béni par Dieu. Son prénom, Amadeus, (celui qui aime Dieu) surenchéri cet aspect céleste. Par la grâce divine, il reçoit le don de la musique ; le don de créer les plus belles symphonies du monde. Malgré ses prouesses artistiques, Mozart fait défaut aux yeux de ces compères. Encore enfant, il déstabilise avec son rire aigu. Ne connaissant pas les règles de la cour, l’empereur Joseph II est circonspect face à ce jeune virtuose. Le souverain lui offre la possibilité d’exprimer son art, mais attend en retour un certain conformisme de la part de Mozart. Ce que ne fera jamais l’artiste.

A l’opposé, Salieri offre son amour à Dieu. Ne venant pas d’un milieu lettré ou musical, il s’impose à lui-même la chasteté et la miséricorde. En retour de cette acte apostolique, le compositeur italien souhaite obtenir une infime partie de la splendeur céleste. Offrant son corps et son âme au tout puissant, Salieri s’emploie à créer la musique digne des oreilles de Dieu. Dès l’arrivée de Mozart, ce rêve s’effondre. Le compositeur devient aigri et rejette toute relation avec Dieu. Sa foi disparaît afin de détrôner son seul opposant : l’autre Amadeus.

En dépit du combat que livre Salieri contre Mozart, les deux sont pourtant similaires. Familialement, chacun a subi les diktats de leurs pères. Celui de Salieri est un homme désintéressé par la musique. Sacrilège aux yeux de l’artiste italien, qui voit en la musique, la parole de Dieu. Pour Mozart, son père, glacial et sévère, est décrit comme le diable, scrutant son enfant par les nombreux tableaux de sa personne au sein de l’appartement du musicien. Malgré tout, les deux sont surtout liés par une chose : la musique.

Se déroulant au XVIIIe siècle, les décors, costumes et lumières étonnent par leur fidélité historique. Certaines scènes sont tournées en lumière naturelle ; c’est à dire avec des bougies. C’est pour cela que la représentation de Don Giovanni a été filmé avec des chandeliers et plus d’une de centaines de bougies. Hormis l’appartement de Mozart et la chambre d’asile de Salieri, toutes les prises de vues ont été faites dans des décors naturelles, à Prague. 

Milos Forman excelle tout particulièrement par sa maitrise du champ-contrechamp. Le réalisateur affirme par ce simple procédé la différence de talent entre les deux compositeurs. A la première partie du film, tandis que Salieri travaille d’arrache pied pour composer, Mozart, lui, s’amuse et essaye des perruques multicolores. Alors que Salieri a besoin de concentration et de temps, Mozart peut produire autant d’œuvres qu’il le souhaite car la musique fait intégralement partie de lui. 

Pour dévoiler au public les créations de chacun, les scènes d’opéra sont omniprésentes dans le film. Chaque séquence filmée se place autour de trois prises de vue : premièrement, Mozart ou Salieri comme chef d’orchestre ; puis, la scène où le spectacle est joué ; enfin l’un des deux artistes espionnant l’autre. Dans ce jeu de voyeurisme, les plans s’enchainent entre la représentation, le compositeur donnant corps à son œuvre et le rival, majoritairement Salieri, scrutant les prouesses de l’artiste.

En utilisant les compositions de Mozart, l’histoire est profondément liée à la musique. Dès son arrivé à Vienne, la musique est un parallèle à Mozart : juvénile et excentrique. Elle devient tout de suite plus sombre et tumultueuse lorsque le musicien apprend la mort de son père. Chaque création devient une douleur pour l’artiste, se faisant ressentir par une musique toujours plus envahissante dans la vie du musicien. Etant le fil rouge de l’intrigue, la musique atteint son point culminant lors de l’écriture du Requiem.

Cinématographiquement parlant, le film gagne en beauté par l’utilisation des différentes œuvres de Mozart. La musique transmet l’émotion du personnage et l’enjeu sous-jacent. Elle devient un personnage à part entière. Dans le plus grand des cas, elle démarre avant même que l’image apparaisse. Une parfaite alliance entre l’image et la musique, rendant curieux, autant que Salieri, de découvrir les prochaines créations de Mozart.

A sa sortie en salle, le film fut acclamé tant par la critique que par le public. Milos Forman est unanimement félicité pour son travail et remportera huit Oscars, dont celui du meilleur film. De plus, F. Murray Abraham, interprétant le rôle de Salieri, est encensé pour son interprétation, raflant l’oscar du meilleur acteur. Quant à Tom Hulce, jouant le rôle de Mozart, il offre ici le rôle de sa vie.

Cependant, à remettre dans son contexte, le film n’est pas une biographie. Certains éléments du scénario ont été enjolivés pour les besoins de l’histoire. Par exemple, Salieri et Mozart n’étaient pas des ennemis jurés. Le seul conflit existant était par rapport à l’opéra italien, qui était le domaine de prédilection de Salieri étant donné ses origines. En dépit de certaines libertés historiques, Amadeus reste un film intemporel. IMDB le classe même dans 100 meilleurs films de tous les temps.

Dans ce thriller musical, Milos Forman est parvenu à rendre limpide le concept de création artistique. Par une utilisation minutieuse de la musique et des dialogues percutants, le spectacle proposé reste toujours édifiant. Incontestablement, Amadeus est un classique du cinéma. En guise de recommandation, il est important de jeter un œil à la filmographie de Milos Forman, notamment Man of the Moon ou le très célèbre Vol au dessus d’un nid de Coucou. Pour les amateurs de musique classique, le film Tous les matins du monde de Alain Corneau reste un indispensable.

Alexandre

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