Midsommar

Réalisateur : Ari Aster
Scénario : Ari Aster
Sortie : 2019
Acteurs : Florence Pugh ; Jack Reynor ; William Jackson Harper ; Will Poulter
Note du film : 4,5/5

Dani et Christian sont un couple au bord de la rupture. Sur le point de se séparer, Dani perd ses parents et sa sœur dans un suicide orchestré par sa cadette. Christian refuse de rompre avec sa conjointe dans ce terrible moment et décide de l’emmener en Suède dans un village loin de toute civilisation, avec ses amis de la faculté d’anthropologie. Ce groupe d’américains pense passer des vacances paisibles et assister à des cérémonies n’ayant lieu que tous les 90 ans. Cependant, à leur arrivée, ce lieu paradisiaque prend des allures sinistres et les sacrements deviennent des rites mortuaires.

 

Au contraire d’Hérédité (premier long métrage du réalisateur sorti en 2018), huis clos dans lequel l’horreur provenait de la maison hantée, Midsommar plante un décor plus large, aéré, aussi malsain qu’idyllique. Dès l’introduction du film, Ari Aster impose son style visuel. Le rythme est lent, contemplatif et les plans de caméra sont d’une accalmie. L’horreur ne nait pas de la précipitation mais de la longue attente de l’épouvante. C’est l’instauration d’une symphonie filmique, s’enclenchant avec sérénité par des travelling et un découpage technique précis. Les enjeux sont posés, la montée en tension peut commencer.

 

Pour autant, si la mise en scène paraît si apaisante, ce n’est qu’une mascarade – tout comme les membres de cette communauté. Un aspect malfaisant se dégage de ce village. Dès l’arrivée dans ce hameau édénique, la caméra opère un mouvement de bascule, marquant ainsi l’entrée dans un autre monde : l’enfer. En plan large, le bourg est entouré de forêt ; comme si nos personnages étaient emprisonnés dans une prison végétale. Lorsque les cérémonies débutent enfin, plus aucun plan ne nous montre l’extérieur, prouvant ainsi que tout espoir de revoir la civilisation est vain.

S’amorce alors un affrontement idéologique entre les étudiants étasuniens et ce groupement hippies. Tandis que Dani et les autres étudiants symbolisent l’individualisme, cette communauté est pour le partage de chaque chose et individu. Les mœurs de ces jeunes gens vont alors être mis à mal. Pour marquer cette dualité, de nombreux plans isolent nos protagonistes face à cette collectivité. Lorsqu’un repas, un rite, ou une coutume s’initie, le cadre enferme nos quatre personnages en un tout. Ce choix les maintient à l’étroit et marque la différence entre eux et les adeptes. 

 

Adeptes qui n’hésitent pas à consommer toutes sortes de produits hallucinogènes et en faire prendre à Dani et son entourage. Cette participation forcée est suivie par des rites initiatiques où le don de soi prévaut. Toute cette orchestration oblige ainsi nos protagonistes à faire une introspection sur eux-mêmes. Certains refusent et sont rejetés par la communauté, tandis que d’autres se prêtent au jeu et se retrouvent désorientés par l’apprentissage d’un nouveau dogme. La déconstruction qu’opère la secte, afin d’introduire de nouveaux membres dans cette congrégation, est symbolisée par l’arrière-plan du film. En effet, les montagnes et les arbres sont en perpétuels mouvements marquant ainsi une perte de repère.

A cela s’ajoute un soleil qui ne se couche jamais, laissant penser que ces événements sont infinis. La temporalité est distordue, cyclique, tout est un éternel recommencement. Cette idéologie est partagée par les adeptes de cette secte avec la mise en valeur de l’élément naturel le plus révélateur de cette pensée : les fleurs. Ces dernières occupent une place très particulière dans ce long métrage. A l’écran, elles se démarquent par la multitude de couleurs qui en résultent notamment sur les tenues, décorations et ornementations. Au sein de ce monde, chaque individu vit en fonction des saisons. Leur credo s’appuie sur l’inévitable vieillesse, notamment chez les personnes âgées. Les fleurs marquent ainsi la beauté du printemps et de l’été mais aussi le flétrissement de toute chose. 

 

Tout cette philosophie est accrue par un travail des couleurs. Leur grand éclat renforce ce côté irréaliste. Les blancs – spécifiquement sur les tenues – sont extrêmement laiteux et accentuent cette pureté factice. En opposition, le rouge et le jaune développent la dimension de meurtre et de perfidie de ce lieu. Sensation contrebalancée par des teintes vertes et bleues atténuant la tension omniprésente. Les scènes de rituels, pourtant morbides, prennent alors des airs sacrés. Tout ceci est amplifié par les effets sonores et plus généralement les nombreux chants des adeptes. Ces cœurs juxtaposés aux sacrements emportent le spectateur dans une certaine ivresse. Les premiers rites laissent perplexe ; puis suite aux actes de violences et la barrière de l’incompréhension franchie, c’est une frénésie qui émerge de tout cela. En somme, Midsommar propose des images à la fois intenses et anxiogènes. Dans ce village oublié de Suède, c’est un enfer enchanteur qui se déroule.

Cette exemplarité dans la réalisation et la profondeur dans le scénario sont accompagnées par un riche casting. On ne peut que saluer la prestation de Florence Pugh, dans le rôle de Dani. C’est une jeune femme meurtrie et désabusée tentant de trouver un repère dans son couple, ou plus largement dans sa vie après la perte de ses parents. Sa douleur transparait avec splendeur à l’écran. Véritable écorché vif, le personnage de Dani transforme sa détresse en chaos absolu. Tout d’abord victime de son monde, elle prend les devants pour agir. Si puissante dans son ascension, notre héroïne métamorphose son deuil en force et parvient à devenir maitresse de cette secte. Florence Pugh offre une de ses plus poignantes performances.

 

En somme, Ari Aster signe un deuxième long métrage captivant. A la limite de l’anthropologie, l’étude de cette société hippie devient rapidement un pandémonium. Le réalisateur pose les bases de son cinéma d’horreur : lent mais tumultueux. S’il est possible de déplorer la longueur du film, celle-ci semble en réalité répondre à la logique de déstabilisation de longue haleine que fait vivre la secte sur ces nouveaux arrivants. Pour autant, Midsommar s’inscrit très largement dans la lignée de ces nouveaux réalisateurs du genre horrifique. Aux côtés de Jordan Peele (Get Out sorti en 2017) et David Robert Mitchell (It Follows sorti en 2014), ce trio fait naitre l’horreur de l’invisible, de l’inconnu, sans abuser d’effets dépassés tels que le poncif du jump scare. Au final, c’est bien à nos peurs les plus enfouies que fait appel Ari Aster. Cette peur qui nous poursuit, nous harcèle et que l’on tente de chasser en vain.

Alexandre

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