Danse avec les loups

Réalisateur : Kevin Costner
Scénario : Michael Blake, d’après son propre roman éponyme.
Sortie : 1990
Acteurs : Kevin Costner, Mary Mcdonnell, Graham Greene, Rodney A. Grant, Floyd Westerman, Tantoo Cardinal, Wes Studi, Michael Spears
Note du film : 9,5/10

Quand le cinéma fait appel à l’histoire, ici, ils s’entrecroisent au détour d’un western. Ce genre cinématographique – qui connaît son âge d’or au milieu du XXe siècle au sein des studios hollywoodiens puis européens – prend pour cadre la conquête de l’Ouest américain. Ainsi, Danse avec les loups est un western conjuguant une aventure humaine et un drame historique hors du commun. Ressuscitant le genre au crépuscule de la dernière décennie du XXe siècle, Kevin COSTNER choisit d’adapter le roman éponyme de Daniel BLAKE.

A la fois réalisateur, producteur et acteur principal, Kevin COSTNER a élevé son œuvre cinématographique au rang de succès international, autant du côté de la critique que du public à sa sortie en 1990. En effet, le film a reçu sept Oscars, trois Golden Globes et l’Ours d’argent pour une réalisation exceptionnelle au Festival International du film de Berlin de 1991, et est devenu un grand succès commercial. Danse avec les Loups décrit un officier nordiste de la guerre de Sécession qui, à la fin des combats, rejoint un fort éloigné de toute civilisation. Le lieutenant sympathise avec une tribu Sioux, jusqu’à établir un rapprochement fraternel.

Danse avec les loups se déroule en Amérique, durant la tragique guerre de Sécession. Le film s’ouvre sur le jeune lieutenant John DUNBAR – incarné par Kevin COSTNER – un nordiste, gravement blessé pendant les combats. Il tente de se suicider sur les rangs ennemis, mais ceci entraîne l’attaque de son armée et la victoire de celle-ci sur les sudistes. Croyant en un acte d’héroïsme, le général offre les soins médicaux de son chirurgien pour sauver sa jambe, ainsi que le cheval Sisco et le laisse choisir son affectation. Il se rend alors dans les vastes plaines du Dakota, loin de la guerre et de la folie des hommes, pour « voir la frontière avant qu’elle n’ait disparue » – illustrant cinématographiquement le mythe de la Frontier. Il s’installe dans un poste de reconnaissance abandonné. Le major ayant signé son affectation se suicide et son compagnon de route se fait tuer sur le chemin du retour : plus personne ne sait que John DUNBAR est loin de toute civilisation, dans l’Ouest sauvage.

Danse avec les loups multiplie les plans généraux et les diaporamas des magnifiques paysages, entre les plaines et vallées. Cette succession de plans larges des terres de l’Ouest durant toute la durée du film révèle ce qui a été emporté par la guerre. Ces grands angles témoignent d’un territoire immense, avec une végétation rase, sauvage, calme. Le lieutenant est alors l’un des derniers témoins lucides de cette frontière de l’Ouest sauvage avant sa disparition – comme ce fut son souhait. John DUNBAR trouve ses repères dans un espace déserté par l’agitation, même si le danger de la mort l’entoure constamment. D’ailleurs, la voice-over du lieutenant constitue un véritable guide pour le spectateur : sa rare parole – dû à la solitude de son isolement – laisse place à une réflexion sage et murie. Ainsi, John DUNBAR s’applique à des tâches quotidiennes, rédige son journal, passe ses journées en compagnie de son cheval Sisco et d’un loup qu’il baptise « Chaussettes ».

Un jour, un indien s’approche de son poste pour tenter de voler son cheval. A partir de là, un autre point de vue s’ouvre pour le spectateur, celui des indiens. Dans les grands classiques du western, l’indien incarne la menace, voire la radicale altérité. Or, le spectateur découvre, de l’autre côté des plaines, une tribu de Sioux sans cesse repoussée et en proie aux attaques des soldats blancs. Parmi les membres de cette tribu se trouve « Oiseau bondissant » – un personnage flegmatique – mais aussi « Cheveux au vent » – un redoutable guerrier – ainsi que « Dressée avec le poing » – une blanche recueillie enfant par la tribu et adoptée par « Oiseau bondissant ». Le lieutenant et les indiens parviennent à établir un contact, d’abord méfiant et sur la défensive, mais la curiosité prend le pas sur toute forme d’animosité ou de violence. Le point central du film devient la relation entre le lieutenant et les indiens. Durant les trois heures premières du film, le lieutenant prend le temps de connaître et de comprendre.

D’ailleurs, les plans d’ensemble du fort – qui inclus John DUNBAR – ou de la tribu – avec les indiens – permettent te tenir les protagonistes à distance, le temps de s’apprivoiser. Ainsi, dans les rapports qu’entretiennent le lieutenant et les indiens, les personnages sont filmés à la même hauteur, et la caméra renforce sa stabilité au fur et à mesure que l’égalité se soude. Les plans réunissent ces êtres, dont les différences s’effacent, et les oppositions perdent leur sens. En effet, John DUNBAR découvre leurs us et coutumes, apprend leur langue, chasse le bison, se bat à leur côté pour défendre leur territoire … Le film s’imprègne largement de cette intégration progressive du lieutenant au sein de la tribu, dont cette amitié est scellée autour du nom indien attribué à John DUNBAR : « Danse avec les loups » devient un des leurs. D’autre part, la caméra est souvent proche de la terre, tout comme les protagonistes qui se protègent ou qui se dérobent de la vue d’un autre. La caméra joue donc entre la menace et le menacé, qui affirme alors l’omniprésence du danger – comme la chasse des bisons ou encore la venue des troupes de soldats…

Tout au long du film, John DUNBAR se délie des préceptes occidentaux, jusqu’à ne plus se reconnaître en sa propre culture initiale. Cet homme est au plus proche de la terre, l’observe pour la protéger, prend ce qu’elle lui offre. D’ailleurs, il refuse de tirer sur le loup, puisque celui-ci n’est pas une menace, mais un animal curieux, qui deviendra son compagnon au fil des jours et transgressera sa solitude. Il se détourne donc de la philosophie cartésienne qui suggère de tordre le cou à la nature pour la faire parler : il préfère la caresser pour l’écouter – comme au milieu des plaines, où il place ses mains au-dessus des blés, qui dansent entre ses doigts sous la force du vent.

L’ultime heure du film sonne les derniers instants de la tranquillité de cette terre. En effet, le sol tremble sur les sabots des chevaux de l’armée des états confédérés. Ses soldats ne sont que des hommes aveuglés par la violence. Ces illettrés rongés par l’ignorance piétinent tout sur leur passage. D’ailleurs, la caméra perd totalement son équilibre lorsque les rejetons de la bannière étoilée s’approprient le fort et séquestrent John DUNBAR. En effet, les plans usent d’une caméra en plongée et contre-plongée – suggérant le lien entre le dominant et le dominé. Leur cruauté perturbe cette « harmonie » – pensée et trouvée par John DUNBAR – pour anéantir l’équilibre entre les êtres qui partagent cette terre. D’ailleurs, la mort du loup – injuste et cruelle – est prémonitoire du sort qui attend les indiens. Le film dresse un réquisitoire contre ce génocide – qui est un des actes fondateurs de l’Amérique – mais restitue la culture au-delà de la politique.

Le film prend le temps de poser ses personnages dans de vastes décors qui retranscrivent un sentiment de liberté et d’isolement. Pour sublimer ses plans et leur donner une épaisseur singulière, Kevin COSTNER fait appel au compositeur John BARRY. Ce dernier a d’ailleurs signé la musique de grands films comme Goldfinger (1964), Out of Africa (1985), le nouveau thème des films de James Bond… Cette musique grandiose, mémorable et émouvante accompagne avec élégance les plus belles séquences du film. Par exemple, la chasse aux bisons est musicalement vertigineuse, et élargit l’écran aux dimensions de l’Ouest dans son entièreté.

Toutefois, Danse avec les loups souffre – du fait de l’adaptation du roman – d’une forme de panglossisme. En effet, la faille certaine du scénario est que « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » : la relation entre l’homme et les animaux, entre les peuples, les combats, les sentiments amoureux possibles entre le lieutenant et « Dressée avec le poing » … Néanmoins, l’observation des paysages et le rapport unique à la nature permettent d’éprouver le lien fort à ce territoire disparu et de contrebalancer cette vision du monde. De plus, le film parvient à présenter une auto-critique de la culture américaine tout en utilisant les codes du cinéma hollywoodien, destiné à plaire à un public américain.

Pour conclure, Danse avec les loups est à la hauteur de son impressionnant succès, couronné de divers prix, qui fête ses trente ans ce 19 octobre 2020. Cette œuvre, qui nous plante dans le décor magistral de l’Ouest sauvage, nous émaille d’émotions avec la naissance de l’amitié entre un homme blanc et la tribu rouge. La première réalisation de Kevin COSTNER a marqué les esprits d’une génération de manière indélébile. Le visionnage de ce long-métrage permet de redécouvrir un souvenir, embaumé par la beauté des séquences et cette sublime histoire. Dans cette époque de troubles, le héros assouvit son appétit de liberté en étant plongé dans les somptueux paysage d’une nature sauvage. Le spectateur accompagne la certitude tranquille du héros et conçoit ce devoir de prendre le temps pour apercevoir, observer, approcher les indiens. Le nouveau montage de la version longue du film – d’une durée de près de quatre heures – aborde nos liens à la nature, notre approche à d’autres cultures, la question de l’identité avec une sensibilité et finesse rare. Entre le grandiose et l’intime, la beauté et la cruauté, l’ami et l’ennemi, la douceur et la violence, Kevin COSTNER signe un film plein de justesses.

Ce western révisionniste reste unique en son genre. Mais pour approfondir la réécriture et le nouveau regard sur la place des indiens dans l’Histoire et le cinéma, nous pouvons vous recommander le film Little Big Man d’Arthur PENN, sorti en 1969. Ce film bouleverse les codes de la représentation de la culture indienne dans un western : alors qu’il n’était qu’enfant, un jeune homme est recueilli par les Cheyennes dans les années 1860. Il est ensuite récupéré par des soldats blancs et se retrouve plongé dans la société américaine. La double identité s’impose, et le film se présente comme le porte-parole de la cause indienne et parle de « quasi-génocide ».

Ambre

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