Adieu les Cons

Réalisateur : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel
Sortie : 2020
Acteurs : Albert Dupontel, Virginie Efira, Nicolas Marié, Jackie Berroyer
Note du film : 8/10

« C’est l’histoire d’un homme qui ne veut plus vivre, accompagné d’une femme qui veut vivre mais qui ne peut plus » Albert Dupontel. Après avoir été multi-césarisé en 2018 avec Au revoir là-haut, le réalisateur français revient avec un film entièrement composé par ses soins. Dans la même veine que ses précédents films, Dupontel dépeint le combat des marginaux contre la société.

Adieu les cons raconte l’histoire de Suzanne, coiffeuse, atteinte d’une maladie incurable. Avant de mourir, elle souhaite revoir une dernière son enfant dont elle a accouché, à l’âge de quinze ans, sous X. Dans sa recherche administrative, elle rencontre Jean-Baptiste, un employé dévoué pour son entreprise. Tout prêt d’être congratulé pour son travail, son patron décide de licencier Jean-Baptiste pour mettre à la place un employé plus jeune. Apprenant cette nouvelle, ce dernier décide de se suicider. Avant de porter le coup fatal, les deux âmes perdues se rencontrent et décident de partir à la recherche de cet enfant abandonné.

Alors qu’une partie du cinéma français tend à s’uniformiser dans sa manière de produire et de créer, Dupontel évite les écueils et propose du neuf dans le paysage audiovisuel. Grâce à une mise en scène originale, le réalisateur donne du renouveau dans un 7e art français qui en pâtit. Dupontel sort des sentiers battus et affirme sa place au sein de ces rares réalisateurs, tel que François Ozon ou Jacques Audiard, qui proposent au public des images innovantes. Chaque scène devient un prétexte pour expérimenter. Même un plan anecdotique, comme celui de l’escalier des archives, visible dans le trailer, fascine indéniablement.

Ce qui est frappant dans le cinéma d’Albert Dupontel, c’est son amour pour ses personnages. Il croit au romantisme dans un monde qui n’en possède plus. Dans ce « Bonnie et Clyde » moderne, l’histoire de ce tandem prend vie par des dialogues efficaces. Parfois cinglantes ou candides, les répliques sont avant tout poignantes. Dupontel reste fidèle à lui-même et offre une prestation sobre et élégante. Quant à Virginie Efira, elle prouve encore une fois son importance dans le paysage cinématographique français. A eux deux, Adieu les cons vise juste dans presque chaque séquence. 

Même si un climat morose se dégage du film, Dupontel réussit tout de même à implanter de l’humour de façon juste, sans ralentir ou gâcher l’histoire de ce couple en fuite. Grégoire Ludig et David Marsais (du duo humoristique le Palmashow) apparaissent rapidement pour jouer deux employés de bureau empotés. De même que Kyan Kojandi (de la série française Bref) nous offre une des scènes les plus drôles du film. Enfin, la performance de Nicolas Marié est à féliciter. Comme dans 9 mois ferme (sorti en 2013), son personnage extravagant, ici celui d’un aveugle, donne une parfaite touche de burlesque dans le récit. Par un humour absurde, Nicolas Marié devient le farceur de l’histoire. Dans Adieu les cons, on rit, bien sûr, par des répliques percutantes, mais subitement, c’est un sentiment de tristesse que l’on ressent pour nos personnages. Dupontel mêle brillement humour et drame. Derrière une certaine de légèreté, c’est une profonde mélancolie qui se dissimule dans le film : l’arbre qui cache la forêt.

Le monde que décrit Dupontel est un univers carré, sans aucun écart possible. Les bureaux en « open-space » sont de formes géométriques ; les murs sont d’un grisonnant oppressant ; les maisons sont parfaitement alignées et se ressemblent comme deux gouttes d’eaux. Comme dans le cinéma de Burton, le pire dans une société, c’est son conformisme. De plus, le jaune, couleur principale, entretient cette atmosphère oppressante d’une société en pleine mutation. Ainsi, les bureaux, comme les rues, sont baignées dans un jaune apocalyptique. En opposition à cette couleur, le rouge est perpétuellement présent dans le récit, notamment par la tenue de Suzanne, qui symbolise le destin inéducable du personnage. Enfin, le bleu pâle apparaissant de manière sporadique, montre le côté blasé et désolé de certains personnages, tel que Jean-Baptiste.

A travers des décors entièrement tournés en numérique, Adieu les cons transporte le spectateur dans une banlieue parisienne gentrifiée. D’après les dires du réalisateur en interview, plus de 500 plans du film sont truqués. La majorité du long-métrage a été tournée en studio, comme le décor du rond-point ou du parking (visible dans le trailer). Style déjà présent dans 9 mois ferme, les personnages prennent l’habitude de regarder tout ce qui les entoure par le biais d’une surface réfléchissante. Au détour d’un ordinateur ou d’une vitre, les protagonistes deviennent spectateurs d’un monde qui se transforme sans les attendre. Dans une voiture, ils observent, par la vitre, des rues qui ne sont plus que des souvenirs auxquels les chantiers ont laissé place à des immeubles de bureau. Dans ce Paris dystopique, seule une église rappelle l’ancien temps.

Malgré tout, le spectateur peut être réticent quant aux messages sous-jacents glissés par Albert Dupontel. Pendant toute l’aventure, le personnage de Jean-Baptiste utilise constamment son ordinateur pour retrouver l’enfant perdu de Suzanne. L’informatique devient ici un outil scénaristique pour faire avancer l’intrigue. Seulement, le film n’hésite pas à condamner le numérique, qui obstrue l’individu, notamment notre héros, du « vrai monde ». Cliché déjà largement traité au cinéma, le récit perd en splendeur avec cette critique des nouvelles technologies. Pour autant, le film n’est pas un pamphlet contre ces dernières. Cependant, Adieu les cons ne dissimule pas une certaine aversion contre l’utilisation des nouveaux procédés numériques.

Entre comédie burlesque et mélodrame activiste, Dupontel prouve encore une fois qu’il est un artiste talentueux et engagé. Parfois candide dans sa manière de faire, le réalisateur défend corps et âme les « petits » de la société. Dans cette course contre la montre éreintante, le réalisateur tente de réhabiliter les oubliés, les marginaux. Dans une société où tout s’est uniformisé, Dupontel cherche une place pour les laissés pour compte. En pointant du doigt les dirigeants du pouvoir ou encore les bavures policières, Dupontel brosse un monde où plus rien ne va. En interview, le réalisateur avoue avoir écrit ce film bien avant les manifestations de ces deux dernières années. Dupontel n’injure pas spécifiquement le gouvernement actuel, mais illustre tout simplement un état en crise qui s’est fourvoyé.

En guise de recommandation, nous vous conseillons de regarder Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Adaptation du roman éponyme, le film retrace la vie d’Albert et d’Edouard, deux survivants de la première guerre mondiale. Par cette œuvre, vous pourrez découvrir plus en détail l’univers du réalisateur et la lutte des marginaux contre la société. En second choix, nous vous proposons Chute libre du réalisateur Joel Schumacher, qui nous a quittés il y a peu. Avec comme vedette Michael Douglas, ce long-métrage raconte l’histoire de William Foster, un homme divorcé et au chômage, qui souhaite à tout prix se rendre à l’anniversaire de sa fille. Seulement, sur le chemin, une série de rencontre l’empêche de rentrer chez lui et l’oblige à réagir par la violence pour pouvoir atteindre son but. 

Alexandre

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