OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

Réalisateur : Nicolas Bedos
Scénario : Jean-François Halin
Sortie : 2021
Acteurs : Jean Dujardin ; Pierre Niney ; Fatou N’Diaye ; Wladimir Yordanoff ; Natacha Lindinger
Note du film : 4/5

Après une évasion en Afghanistan pour mettre un terme à des agissements communistes, Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est envoyé en Afrique pour combattre des groupements rebelles africains. En effet, le gouvernement français souhaite garder au pouvoir un dictateur et ainsi continuer à exploiter les ressources minières du territoire. Dans cette mission, il est accompagné de Serge, agent débutant sous le pseudo d’OSS 1001. Un espion plus jeune, plus charismatique, qui prend petit à petit les responsabilités de cette aventure. Au point de déstabiliser, sous tous les sens du terme, l’agent réactionnaire et patriarcale qu’est OSS 117.

 

D’ores et déjà, il est bon de parler du réalisateur de ce long métrage : Nicolas Bedos. Connu pour ses chroniques sur les plateaux de télévision, le fils de l’acteur Guy Bedos a crispé plus d’une personne avec son humour incisif. Et depuis 2017, le dramaturge de formation s’est essayé à la réalisation avec le film Monsieur et Madame Adelman (2017) et La belle époque (2019). Deux films qui ont rencontré un grand succès et dont le second a remporté le César du meilleur scénario. Même si ce début cinématographique est un excellent démarrage, le passé tumultueux de l’artiste a fait que le public craignait un échec pour ce nouvel opus d’OSS 117. Pour autant, Nicolas Bedos réussit avec brio ce tour de force – sans dénaturer le travail de son prédécesseur, Michel Hazanavicius.

Même si le début du long-métrage paraît piétiner, avec quelques vannes poussives, le film démarre véritablement lorsque notre agent secret se rend en Afrique. Dès lors, l’intrigue est suffisamment installée et les échanges comiques s’enchaînent parfaitement. En termes d’humour, les répliques restent frappantes et dans la lignée des deux premiers films de la saga. D’autant plus que c’est le même auteur, Jean-François Halin, qui a scénarisé cette trilogie. On retrouve ainsi le même ADN qui a fait connaître l’agent secret au grand public. L’humour à la fois raciste et enfantin, leitmotiv du personnage d’OSS, se retrouve encore une fois dans ce long métrage.

 

OSS 117 reste ce français pur souche. Hubert est un cliché bien de chez nous, râlant constamment, ne connaissant que l’histoire de son pays. Les remarques racistes ou misogynes du personnage sont, comme dans les anciens films, sanctionnées par des contre-champs sur les visages réprobateurs ou les silences gênés de ces interlocuteurs. Parfois, la sanction est beaucoup plus sévère, notamment lorsque Serge monte dans les tours pour exprimer son mécontentement concernant les propos d’Hubert. Jean Dujardin campe toujours avec brio ce rôle et continue, après douze ans d’attente, à nous faire rire par ses mimiques.

 

En dehors du personnage d’Hubert, l’ajout de ce film est la participation du personnage de Pierre Niney ; l’agent 1001. Parlant l’argot des années 1980, ce nouvel espion contraste avec 117, ne serait-ce qu’au niveau de sa tenue – costume trois pièces pour Hubert et blue jean pour Serge. Pour Hubert, cette nouvelle recrue est au départ un simple minet, ne lui arrivant pas à la cheville. Pourtant, l’agent 1001 prouve son talent et Hubert paraît démuni face à la jeunesse. Si bien que sa présence devient insupportable pour ce dernier. Lors d’une scène de recherche pour trouver des armes russes, un plan large présente les deux agents devant collaborer. Hubert, assis, paraît écrasé par Serge, debout, sortant du cadre par sa taille. Sa présence est ascendante mais aussi envahissante pour le vieil espion.

En termes de mise en scène, les OSS 117 se basent sur le concept du « Pastiche ». Le pastiche repose sur une idée de combinaison puisqu’il consiste à imiter un genre mais aussi à le confronter à un contexte inhabituel. Le meilleur exemple reste à ce jour le western spaghetti, offrant des imageries du western classique mélangées à des thèmes d’opéras et des impressions christiques. Au contraire de la parodie qui déconstruit un genre pour s’en moquer, le pastiche reproduit avec exactitude son environnement et y ajoute à cela de nouvelles thématiques. Ce regard nouveau a permis de transposer le style des films d’espionnage des années 1960 pour en faire une comédie du nouveau millénaire. Le souhait n’est alors pas de détourner avec dérision l’ensemble, comme peut le faire une parodie, mais seulement de révéler les failles et de les exploiter.

 

En somme, les films des années 1950 jusqu’aux années 1980 ne sont pas perçus comme ringards. C’est notre regard de 2021 qui s’émerveille ou rigole de ces gadgets obsolètes qui sont considérés comme de la plus haute technologie, au sein de ces longs métrages. Comme le fameux radar de l’agent 1001 qui fait la taille d’un gigantesque ordinateur. Cet humour en second degré nous offre alors une rétrospective humoristique d’un genre mais aussi d’une époque. On appuie sur cette vieille génération française d’Hubert Bonnisseur de la Bath, nourrit au biberon par les discours du Général de Gaulle et refusant les nouvelles idées politiques de cette génération « trop efféminée ».

Ce qui a fait le succès des deux premiers opus, c’est la reproduction presque exacte des premiers James Bond ; en faisant d’Hubert un Sean Connery français. Dans le premier volet, Jean Dujardin allait jusqu’à porter le même peignoir que l’acteur américain arborait dans le film Goldfinger (1964). Michel Hazanavicius rendait alors hommage, par son pastiche, à ces vieux films d’espionnages en produisant les mêmes plans et mouvements de caméra que ceux des années 1960.

 

Pour ce OSS 117 3, étant donné que l’action se déroule dans les années 1980, l’envie reste la même que pour les deux précédentes productions : reproduire le style de cette période cinématographique. Vu que les caméras sont devenues plus légères et malléables à cette période, les plans ont pu être plus « tape à l’œil », notamment par de nombreuses scènes en grue – typique des films d’actions. Et d’autres utilisations de la caméra, comme des zooms brusques sur des visages (grand poncif des films d’espionnages) pour faire remarquer, dans une foule, un futur assassin.

 

Le film est ainsi jonché de ces effets de mise en scènes des années 1970 – 1980. Telles que les transitions en volets (technique servant à marquer une ellipse entre deux scènes) qui ont connu leur heure de gloire dans la saga Star Wars. Enfin, pour clôturer sur ce pastiche, ce nouvel opus met en valeur la nouvelle technologie populaire des années 80 : le fond vert. Tout en créant un décor imaginaire, cette technique propose des plans dans la savane ou des courses poursuites par des incrustations fonds verts – où l’on sent que le décor paraît factice. En somme, les visuels restent marquants, notamment l’escapade dans la savane où la composition des plans rend ce décor impressionnant grâce à des plans en hélicoptère filmant des terrains gigantesques ou encore des panoramiques mettant en valeur des montagnes comme des forêts.

Outre cette analyse de la réalisation, on peut se questionner sur l’avenir de notre agent français. En effet, la fin paraît si brusque et expéditive qu’on se demande si le destin de l’espion 117 ne va pas revenir pour un quatrième opus. Alors que les deux précédents films affirmaient que l’histoire était clôturée et qu’Hubert avait terminé sa mission ; ce OSS 117 3 nous laisse penser à une possible suite. Est-ce là un effet cliffhanger pour une prochaine histoire avec les mêmes personnages ou seulement un ressort comique du pastiche comme les films des années 80 qui préparaient d’éventuelles suite à la fin de chaque film ? Il n’empêche que l’on peut déplorer les fins heureuses et édulcorées du travail bien accompli d’Hubert.

 

Néanmoins, ce dernier épisode de la trilogie est largement décrié par la critique. Le film reçoit plus généralement des avis dithyrambiques ; où l’on affirme que le passage de flambeau s’est bien opéré mais que l’aventure et surtout l’humour ne sont pas au rendez-vous. Faut-il rappeler que chaque OSS a divisé les foules à leur sortie et qu’il a fallu du temps pour que ces films deviennent des classiques français ? Il est certain que la création de Nicolas Bedos a pu déplaire aux adorateurs de la licence. Pour autant, ce OSS 117 3 n’est en rien une pâle figure de ses prédécesseurs.

Alexandre

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