L’Ombre de Staline

Réalisateur : Agnieszka Holland
Scénario : Andréa Chalupa
Sortie : 2020
Acteurs : James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard
Note du film : 7/10

« Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique arrive encore à déchiffrer : Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres ». George Orwell ; La ferme aux animaux, 1945.

 

Agnieszka Holland, réalisatrice polonaise, dévoile en 2019 au festival de Berlin, l’intitulé de son prochain film : Mr Jones. L’histoire du premier reporter à avoir dénoncé au monde entier l’envers du décor de l’URSS de Staline. Personnage méconnu en France, Jones fait pourtant partie de la culture commune britannique.

Gareth Jones est un journaliste gallois qui a fait ses premières armes auprès de l’administration de David Lloyd George (premier ministre britannique). Diplômé de Cambridge, Jones est fasciné mais aussi intrigué par la Russie. Ce nouvel état, qui depuis 1917, s’affirme comme une puissance mondiale. Surpris par cette croissance économique, Jones souhaite obtenir une interview auprès de Joseph Staline. Jouissant d’une notoriété après avoir rencontré Adolf Hitler, encore chancelier en 1933, Jones veut réitérer l’événement en rencontrant le leader de l’Union Soviétique.

 

Cependant, la couronne anglaise refuse le voyage en Russie, au risque de créer un incident diplomatique. Gareth Jones, ne voulant pas rester inactif, décide de partir seul à Moscou. Là-bas, il est aussitôt confiné avec les autres journalistes étrangers. Surveillé par les espions russes et isolé par le gouvernement, Jones fait route vers l’Ukraine afin d’explorer les terres agraires qui, dit-on, offrent le « blé et l’or » à Staline. Son périple en est tout autre. Dans l’arrière-pays, Gareth Jones découvre « l’Holodomor » ; la famine stalinienne.

Agnieszka Holland délivre ici son 18ème film dans lequel elle nous fait vivre le froid mordant des hivers russes et ukrainiens. Par une lumière léchée et un cadrage millimétré, la réalisatrice polonaise propose une image fixe et légère lorsque nos personnages se trouvent à Londres. A l’inverse, lors du voyage en Russie et notamment lors de l’escapade en Ukraine, le montage devient plus saccadé tandis que les plans de caméra prennent un air alambiqué afin d’immortaliser l’enfer qui règne dans cette région du monde.

 

A cela, l’utilisation de la nourriture est magistralement utilisée. Passant de festins et de banquets pour les dirigeants du pouvoir, aux famines et diètes que subissent le reste de la population. Tout ceci prend subtilement vie grâce au jeu des acteurs. James Norton interprète parfaitement Gareth Jones en gardant son optimisme afin d’élucider le mystère, pour devenir un homme fourvoyé. Les acteurs secondaires alimentent finement l’histoire, dont Vanessa Kirby, jouant une journaliste russe ou encore Peter Sarsgaard interprétant Walter Duranty, adversaire politique de Gareth Jones.

Dépeignant la vie d’un acteur méconnu de l’histoire, le film brosse à sa manière les heures sombres du bloc de l’Est. Gareth Jones fascine par son expédition dans les villages dévastés. Revers de la médaille, le long-métrage souffre d’un léger ventre mou au 2/3 du récit, par son rythme hoquetant. De plus, le parallèle avec l’écriture de La Ferme aux animaux de George Orwell peut s’avérer de trop, n’apportant que peu d’intérêt à l’intrigue. Cependant, dans l’ensemble, l’aventure de Gareth Jones reste une page historique passionnante et troublante. Comme conseil cinématographique, plus poignant et cruel, Requiem pour massacre de Elem Klimov qui explore les fureurs des régimes totalitaires.

Alexandre

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