Licorice Pizza

Réalisateur : Paul Thomas Anderson
Scénario : Paul Thomas Anderson
Sortie : 2022
Acteurs : Alana Haim ; Cooper Hoffman ; Sean Penn ; Tom Waits ; Bradley Cooper
Note du film : 4,5/5

Boy meets Girl. Sur ce simple concept cinématographique, Paul Thomas Anderson nous emporte dans une idylle amoureuse, sur fond de voyage nostalgique. Gary, âgé de 15 ans, est un acteur de sitcom pour enfants est bien déterminé à connaître un destin plus glorieux. Lorsqu’il se fait photographier par Alana, alors âgée de 25 ans, il prend les devants et décide de l’inviter à dîner. La jeune femme n’espère rien, surtout au sein de sa vie morose, et accepte ce rendez-vous qu’elle perçoit déjà comme futile. Néanmoins, l’audace de Gary et l’espièglerie d’Alana vont faire prendre à cette rencontre une tournure particulière. Un simple échange de regards, des sourires gênés et des ambitions plein la tête font que ce Boy meets Girl devient déjà une des plus grandes réussites de l’année 2022.

Même si de prime abord l’œuvre semble être un patchwork d’idées scénaristiques, Paul Thomas Anderson réussit à assembler ces nombreuses saynètes en un tout fascinant et savoureux. En voyageant dans ce monde des années 1970, avec des flippers, des matelas à eau et la crise pétrolière, on peut s’attendre à une succession d’historiettes insignifiantes. Néanmoins, chaque rencontre et personnage truculent offre des perles de sagesse ou des moments comiques hilarants (surtout la prestation de Bradley Cooper) à nos héros et nous permet, nous spectateurs, de traverser une période définitivement révolue. C’est par une virtuosité que tout s’enchaîne, sans oublier d’être une œuvre à la fois lyrique et touchante.

 

Par ailleurs, il est indéniable qu’une beauté immense se dégage de ce long métrage. La photographie, dirigée par Paul Thomas Anderson (également scénariste et producteur), nous offre une imagerie tout en splendeur. En effet, c’est un voile californien qui baigne à l’écran, nous laissant apercevoir ce monde caniculaire et bariolé. Jouissant d’un monde si plaisant visuellement, le cinéaste ne nous laisse pas en reste en nous offrant une bande originale typique de l’enfance du cinéaste. Passant de David Bowie à Nina Simone, ce sont bien les paroles de Suzi Quatro qui résument parfaitement l’histoire : « Our love is alive, and so we begin ».

« Cette pizza à la réglisse » s’apparente définitivement à une capsule temporelle. Faisant référence au vinyle 33 tours, Licorice Pizza est également une chaîne de disquaires typique de cette période. Par ce titre totémique, le cinéaste nous emporte dans son enfance en faisant de nombreux clins d’œil aux films de cette décennie, tels que American Graffiti de Georges Lucas (1973). Néanmoins, cette œuvre filmique nous rappelle que la nostalgie est parfois trompeuse. Le rêve américain – symbolisé par les nombreuses entreprises de Gary – est une vaste fumisterie. De plus, les critiques sexistes et sexuelles jalonnent discrètement ce long métrage, nous rappelant que cette époque n’était pas tendre avec les femmes et la communauté LGBTQ, de part l’intrigue autour de ce politicien cachant un lourd secret.

 

Ce qui porte cette escapade, outre ce retour dans le temps, c’est indéniablement cet amour qui naît et flamboie. En effet, les aventures pleines d’actions ne sont que subordonnées à la vraie raison de ce film : la relation entre Gary et Alana. Même après une course de moto (par l’incroyable Sean Penn) ou une descente de camion en marche arrière, le film reste concentré sur ce qui est le plus pur. Tandis que Gary représente cette insouciance enfantine, Alana rappelle à l’ordre en vacillant entre politiciens et grandes stars du cinéma. Ce monde d’adultes qu’elle côtoie est plus que froid et plein de vices. A l’inverse, l’authenticité de Gary met en valeur les fioritures de cet univers clinquant et dégage une incroyable tendresse tout autour de lui. Malgré leurs va-et-vient sentimentaux et leurs expéditions hasardeuses, l’extravagance de ce couple est une bouffée d’air fraîche.

Suite à cela, il est nécessaire de s’attarder sur la performance de nos acteurs principaux. Alana Haim – jouant avec l’intégralité de sa famille au sein du film – nous charme instantanément et offre une alchimie des plus plaisante avec son partenaire Gary Hoffman. Ce dernier n’est autre que le fils de Philip Seymour Hoffman, ancien acteur fétiche de Paul Thomas Anderson. Après la tragique disparition de l’acteur, son fils reprend un flambeau symbolique et cela se ressent même dans la création du personnage de Gary qui devient vendeur de lit, tout comme son père dans Punch Drunk Love (aussi de Paul Thomas Anderson). La ressemblance est si frappante qu’on ne peut qu’esquisser un sourire en se remémorant l’acteur confirmé parti trop tôt, pour aujourd’hui laisser place à un comédien avec un bel avenir devant lui.

  

En somme, Licorice Pizza est ce genre d’œuvre qui invite à la contemplation et aux nombreuses digressions. Sans être passéiste comme son homologue Once Upon a Time in Hollywood (dir. Quentin Tarantino ; 2019), ce film dépeint à la perfection l’illusion du rêve américain, les appréhensions d’une société en crise, tout en exaltant les plus beaux moments d’un adolescent de cette année 1973. L’unique chose à ajouter est qu’il est précieux de se pencher sur la filmographie de Paul Thomas Anderson pour connaître toutes les subtilités du cinéaste, tout particulièrement l’œuvre Boogie Night (1997). De même, telle une forme d’hommage, il est bon de (re)découvrir les nombreux films de Philip Seymour Hoffman.

Alexandre

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