Zack Snyder’s Justice League

Zack Snyder’s Justice League

Réalisateur : Zack Snyder
Scénario : Chris Terrio ; Will Beall ; Zack Snyder
Sortie : 2021
Acteurs : Ben Affleck ; Henry Cavill ; Amy Adams ; Gal Gadot ; Ray Fisher ; Jason Momoa ; Ezra Miller ; Ciarán Hinds
Note du film : 3,5/5

Faisons machine arrière, quatre ans auparavant. En 2017, alors que Warner Bros – avec ces films de super héros DC Comics – tente de rattraper le MCU (Marvel Cinematic Universe), ladite boîte de production lance le projet Justice League pour devenir le nouveau blockbuster. Par cela, c’est le moyen de gagner en popularité auprès du grand public et de récolter un immense box-office, tel que les autres productions Marvel. Cependant, ce plan commercial échoue. Malgré avoir tourné la majeure partie du film, le réalisateur attitré de ce projet, Zack Snyder, se met en retrait suite à la perte de sa fille. Pour autant, l’entreprise n’est pas avortée et le studio en profite pour réduire les parties dites « superflues » à l’histoire et proposer un montage plus « marvelisé », avec plus d’humour et d’action. Ce Justice League renouvelé revient à Joss Whedon, ancien réalisateur des studios Marvel. En prenant ce cinéaste des écuries adverses, c’est la promotion d’un long métrage plus coloré et humoristique ; l’exact opposé des anciens films de la franchise.

 

Hors par ces choix drastiques, c’est la perte d’une véritable intention de réalisation et d’une direction artistique nette. En 2017, sort sur dans les salles obscures un Justice League remodelé. Une version cinéma difforme où s’oppose deux univers. La durée initiale de 3h30 est réduite à 2h en salle. Occultant ainsi des pans de scénarios entiers. Tout en éliminant des enjeux qui auraient permis aux spectateurs de s’identifier aux personnages. Dès sa sortie en salle, les fans de l’univers de super-héros DC ont immédiatement entrepris une levée de boucliers et ont réclamé la version initialement prévue : la Justice League ZackSnyderCut. Quatre ans après, sur la plateforme de streaming HBO Max, cette final cut est enfin disponible.

Avant de débuter la critique de ce long métrage, on ne peut aucunement nier qu’il existe un véritable clivage et débat entre les productions Marvel et celles DC Comics. Toujours est-il que de mon point de vue, aucun des deux studios n’est supérieure à l’autre. Marvel est plus colorée, jovial, tandis que DC développe un univers mélancolique et violent. Au sein de ces deux univers, chaque spectateur peut y trouver son compte et se divertir selon son envie ou son humeur.

Troisième opus de la trilogie de Zack Snyder (précédemment Man of Steel (2013), puis Batman V Superman (2016), l’histoire débute sur la mort de Superman (Henri Cavill) après son affrontement contre Doomsday. Suite à ce combat mortel, mené lors du second volet de la saga, Batman (Ben Affleck), en partie responsable de cette disparition, tente de se repentir. Il comprend qu’une attaque venue d’une autre planète va bientôt arriver sur Terre. Accompagnée de Wonder Woman (Gal Gadot), les deux super héros vont devoir former une équipe de « méta-humains », afin de combattre Steppenwolf (Ciarán Hinds) – un envahisseur.

 

De prime abord, les deux versions du film ont exactement le même scénario. Il est alors légitime de se demander s’il est nécessaire de regarder cette version de 4h. Pour tous ceux qui n’aiment pas rester devant un écran autant de temps, il est évident que la réponse est négative. Par ailleurs, pour ceux qui souhaitent une histoire cohérente, proposant une vision artistique propre, et plus fidèle aux comics, alors ce nouveau montage peut vous convenir. Outre une division du film en six parties, Justice League est un long métrage haletant, complet, où il est difficile d’en décrocher.

 

C’est avant tout un long métrage qui respire, qui prend son temps. Sur une telle longueur, le film en profite pour implanter de nouveaux personnages, de nouveaux enjeux. C’est un travail sur l’ambiance qui renforce certaines scènes, notamment la relation entre les « méta-humains ». La première version de 2017 avait un rythme effréné et les dialogues s’enchainaient à toute vitesse, offrant ainsi une histoire confuse où certains événements paraissaient presque parodiques (notamment lorsque Steppenwolf récupère une Mother Box sur le toit d’une voiture). Dans la Snyder’s cut, les silences pesants se font sentir, montrant, lors de certaines scènes, que la menace est réelle. Par ailleurs, par cette longue durée, le recrutement de cette équipe de super-héros paraît plus consistant et laborieux. A titre d’exemple, lorsque Batman recherche le personnage d’Aquaman (Jason Momoa), c’est un véritable périple qui entraîne le personnage dans un village reclus dans des montagnes enneigées.

 

Au sein de ce nouveau montage, les grands gagnants de cette histoire sont bien les personnages secondaires. Cyborg (Ray Fisher) et Flash (Ezra Miller), protagonistes reliés au simple rang de héros tertiaires, obtiennent enfin leur back story. Dans ce squelette narratif, Cyborg gagne une place importante en étant lié aux artefacts (les Mother Box) que l’ennemi utilise pour combattre nos héros. Lavant l’affront de la précédente version, où le héros cybernétique était raillé pour ses effets spéciaux cheap. Par ailleurs, ce dernier ne parlait que pour sortir des répliques humoristiques, sans profondeur. Ce Justice League est ainsi la réunion de marginaux, dont le deuil d’un proche respectif les réunit.  Ces derniers sont avant tout en recherche de rédemption. Même l’antagoniste Steppenwolf (qui gagne en profondeur et en design plus impressionnant) cherche à s’expier de ses erreurs.

Le plus surprenant dans cette version de 2021, c’est le format 1.33 que nous propose Zack Snyder. Pour faire office de rapide rappel, au cinéma, le format habituel est celui 16:9 (un écran avec une bande noire au dessus et en dessous). Tandis que le format 4/3 ou 1.33 est ce que l’on peut appeler un format télévision ou pellicule. Pour revenir à notre exemple d’écran, il faut imaginer deux bandes noires sur les côtés de l’écran. En prenant ce choix de ratio, c’est une nouveauté qui ne s’est jamais encore faite dans un film de super-héros. Le rendu est ici expérimental et propose des images encore inédites pour ce genre cinématographique.

 

Alors qu’une image classique propose des mouvements de caméras et des scènes d’actions horizontales, le choix du 1,33 développe des cadres verticaux, augmentant le gigantisme des décors. Lors d’une scène où des humains enterrent un artefact dans une forêt, ce travail de la perspective donne une impression d’un environnement écrasant. Par ailleurs, par souci du détail, notre regard s’enlève lorsqu’un super-héros prend son envol. Dans l’ensemble, ce choix si particulier est avant tout un hommage aux premiers films tournés en pellicule. Avant l’arrivée de caméra plus performante, les films étaient tous en format 1,33.

 

Au sein de cette version remastered, Zack Snyder a opté pour un étalonnage beaucoup plus sombre, moins éclatant que la version de 2017. Au travers de teintes ternes, ce sont des noirs profonds qui jalonnent le film. Lorsqu’un personnage se trouve à proximité d’un objet lumineux, l’arrière plan s’assombri.  Rappelant ainsi les premiers comics, non colorisés, qui jouaient entre les noirs et les blancs pour donner cette impression de perspective. De plus, par ce choix, c’est une image qui donne quelque chose de plus réaliste. Certes le scénario met en valeur des aventures de super héros. Pour autant, cet univers froid offre un environnement concret et plus violent. Pour ce qui est de la violence, la version de Joss Whedon était plus édulcorée. Cependant dans cette histoire de Zack Snyder, de nombreuses scènes de combats finissent par des effusions de sang. Cela rend ainsi palpable la fureur que décharge le méchant de ce film et le danger que doivent affronter nos héros.

Néanmoins, regarder cette version, c’est aussi accepter la réalisation de Zack Snyder. Si certains sont des amoureux de 300 (2006), les ralentis, qui sont caractéristiques au cinéaste, sont omniprésents dans ce long métrage. Au prix de rendre de nombreuses scènes de combats trop lourdes, ne laissant pas profiter le spectateur des chorégraphies mise au point. De plus, toujours fidèle avec son envie de créer un univers cinématographique vaste, le réalisateur dévoile, pendant plus vingt minutes d’épilogue, des futurs projets à l’écran. Cependant, depuis que des films comme Joker (2019), c’est à dire des films indépendants à cet univers, sont plus vendeurs auprès du public, on est en droit de se demander si ce Justice League n’est pas le dernier coup d’éclat des aventures de nos super-héros. Il reste une possibilité de voir ces « méta-humains » évoluer sur la plateforme de streaming HBO Max, mais pour l’instant, aucun communiqué, ni future production n’est attendue.

 

Pour tous les fans de DC Comics, ce Justice League version définitive répare les pots cassés de la création antérieure. Malgré cela on note quelques effets visuels ratés, qui s’expliquent par le faible budget du film (70 millions ; contre 300 millions pour la première version). Ce nouveau montage, avec tous ces effets de mise en scène démesurés et ces nouveaux dialogues, qui tombe parfois dans l’emphase, prouve que ce film est un OVNI dans le monde du cinéma. Une catastrophe commerciale qui renaît de ses cendres après avoir été soutenue par autant de fans sur internet. Pourtant, même si Warner peut montrer fièrement cette création, il est clair que Marvel a d’ores et déjà un train d’avance dans cette compétition cinématographie. Le box-office et l’engouement des fans pour les prochaines sorties prouvent que le studio Marvel a gagné la bataille, depuis déjà quatre ans. 

Alexandre

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