Everything Everywhere All at Once

Everything Everywhere All at Once

Réalisateur : Daniel Kwan ; Daniel Scheinert
Scénario : Daniel Kwan ; Daniel Scheinert
Sortie : 2022
Acteurs : Michelle Yeoh ; Stephanie Hsu ; Ke Huy Quan ; Jamie Lee Curtis
Note du film : 4/5

Les Daniels avaient déjà marqué les fans du studio A24 avec le film Swiss Army Man (2016), où Daniel Radcliffe jouait un mort baladé d’un coin à l’autre d’une île sur les épaules de Paul Dano. Suite au petit succès de ce film excentrique, les deux réalisateurs reviennent pour exploiter un concept qui se répand actuellement dans les films de super-héros : le Multivers. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette œuvre est clairement authentique et imaginative.

Everything Everywhere all at Once raconte l’histoire d’Evelyn, la tenancière d’un lavomatique qui tente de régler tous ses problèmes et ses déboires. Elle doit jongler entre un possible divorce avec son mari Waymond, des dettes impayées, et l’acceptation de l’homosexualité de sa fille, Joy. En parallèle de cette vie chaotique, Evelyn est appelée à rejoindre une équipe du multivers afin de stopper un ennemi surpuissant voulant détruire tous les mondes alternatifs.

 

Décrire ce film est comme tenter d’expliquer un rêve hallucinatoire à une autre personne. Les Daniels ont exécuté un travail d’une grande rareté, tel un voyage sous LSD, comme l’a pu être 2001 l’Odyssée de l’espace (1968 ; Stanley Kubrick) pour les générations précédentes. Ce film est une telle expédition qu’on en ressort abasourdi et indéniablement perdu par ce que l’on vient de voir.

Everything Everywhere all at Once se caractérise par sa frénésie. Rien ne semble s’arrêter, que cela soit l’action, l’intrigue ou l’humour. La créativité est au rendez-vous (même plus qu’au rendez-vous). C’est une prouesse en termes d’écriture, mais également en matière de mise en scène. Les Daniels ont pioché dans tout ce qui fait le cinéma : du 7e art hongkongais pour les combats, au comique absurde des Monty Python (plus précisément The Meaning of Life, 1983), tout en flirtant avec le dadaïsme (mouvement artistique du début du XXe siècle, qui se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques). C’est ainsi la proposition d’une multitude de références métaphysiques et nihilistes afin d’enflammer une réflexion sur notre existence au sein de ce gigantesque univers.

 

En plus de tout cela, les Daniels offrent un récit volontairement déséquilibré, avec en son centre une histoire touchante – axée sur la vie de Joy. Une trame narrative émouvante s’entremêlant avec la force surpuissante du multivers. Irréfutablement un noyau sincère qui résonne à un degré remarquablement efficace. Toute l’absurdité et la fantaisie de cette aventure semblent s’équilibrer autour de ce destin familial ancré dans le réel.

Néanmoins, malgré son inventivité débordante, le film n’est pas ce que l’on peut qualifier de digeste. La course du multivers s’amenuise à mesure que le film avance, et la dernière partie du film tire en longueur. Avec autant d’informations s’enchainant à, on ressort de la salle avec un ressenti fiévreux. Peut-être qu’un nouveau visionnage est nécessaire pour tout emmagasiner, mais la cadence est si élevée qu’un temps d’appréhension semble inévitable.

 

Il est difficile de retracer plus précisément l’aventure qu’est Everything, Everywhere, all at Once, ne serait-ce qu’en raison de la multitude d’éléments à détailler, notamment du côté de la prestation des acteurs. On peut retrouver pêle-mêle Jamie Lee Curtis prenant son pied pendant tout le film, Michelle Yeoh, rayonnante du début jusqu’à la fin, et surtout le grand retour de Ke Huy Quan après plus de 20 ans d’absence. Par ailleurs, ne pas divulguer davantage est le meilleur moyen de profiter de toutes les trouvailles des Daniels.

La dernière création des cinéastes a été un raz-de-marée aux Etats-Unis où le film est déjà largement récompensé. A l’inverse, il est possible que ce dernier reste discret sur le territoire français du fait de sa sortie tardive (sortie en avril aux USA, fin août en France). Pourtant, il est clair que cette œuvre filmique est particulière et alambiquée. C’est un plaisir de voir des films expérimentaux au cinéma – et qui marchent allègrement outre-Atlantique.

Alexandre

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