Blonde

Réalisateur : Andrew Dominik
Scénario : Andrew Dominik
Sortie : 2022
Acteurs : Ana de Armas ; Adrien Brody ; Bobby Cannavale ; Julianne Nicholson
Note du film : 1,5/5

Marilyn Monroe est indéniablement une légende du 7e art. À l’instar de James Dean, cette actrice a traversé les époques et reste encore aujourd’hui une icône. Pour autant, en dehors de son image de star et de beauté galvanisée par la presse, Marilyn (Norma Jeane de son vrai nom) ne m’est que peu familière, tout comme sa filmographie. Ainsi, en guise d’avertissement, cet article ne se focalisera pas sur la véracité des propos tenus dans ce biopic mais sur la qualité artistique du long-métrage.

 

Blonde retrace la vie tumultueuse de Marilyn Monroe. De son enfance malheureuse en raison des violences infligées par sa mère, à ses premiers succès au cinéma, la jeune femme devient doucement une idole dans le monde entier. Tourmentée par l’appel des sirènes hollywoodiennes et ses démons du passé, l’actrice doit faire face aux menaces et aux exactions d’hommes avides de sa personne, tout en trouvant un sens à sa vie morcelée.

Brûle pourpoint, Blonde est ce genre de film où le réalisateur, Andrew Dominik, a eu carte blanche. Ce plein pouvoir créatif a poussé le metteur en scène à exploiter son œuvre au maximum, et à faire de ce biopic une œuvre personnelle – voire individualiste. Originalement une biographie de Joyce Carol Oates, le cinéaste a décidé de s’approprier l’histoire de Marilyn et de raconter la « vraie fin tragique » de Norman Jeane. De par cette perspective, une intervention de la part du studio aurait été nécessaire pour rétablir un semblant de cohérence au sein de ce melting pot.

 

En effet, ce film ne possède pas d’histoire globale solide et enchaîne inlassablement les pires moments de la vie de Marilyn Monroe. La structure narrative visant à raconter la vie de l’actrice est supplantée par des séquences d’une extrême violence, flirtant avec une atmosphère pompeuse. L’intérêt du cinéaste à produire ce genre de narration m’échappe encore ; d’autant que rien ne justifiait un long-métrage de 2h42. Cette longueur est un poids supplémentaire à l’appréciation du film, déjà guindé et clinquant.

En-dehors de ce désordre scénaristique, la thématique des violences physiques et sexuelles est le moteur de cette œuvre. Tandis que l’on peut féliciter les films s’engageant contre les violences faites aux femmes – à l’instar du film Respect ; Liesl Tommy ; 2021 -, Blonde tombe petit à petit dans le voyeurisme et le plaisir malsain. Alors que le cinéma actuel fait l’éloge du female gaze (théorie féministe sur le cinéma qui questionne le regard de la spectatrice ou du spectateur porté sur les protagonistes féminins), Blonde déconcerte par le plaisir d’exhiber Ana de Armas nue dès que possible, et à observer avec passion chaque violence sexuelle que subie par Norma Jeane.

 

En ce sens notamment, si la fameuse rencontre entre JF Kennedy et Monroe démarre comme une inculpation envers la perversité du chef d’État, elle glisse doucement dans une mise en scène digne d’un soft porn. Andrew Dominik transforme le fameux « Happy Birthday Mister President » en une scène de fellation grotesque filmant le visage de Marylin en gros plan. Loin d’être rarissime dans ce film, toute la vie sexuelle de l’actrice est prétexte à de la dépravation. Blonde ne laisse aucunement apercevoir les multiples talents de l’actrice des années 50, et nous offre au contraire une compilation d’actes impérieux et pervers.

 

Le seul compliment qu’il est possible d’attribuer à ce film revient à Ana de Armas, envoûtante comme l’était Marilyn Monroe. De la même manière qu’Heath Ledger a perdu sa lucidité en jouant le Joker, l’actrice cubaine a longuement affirmé s’être perdue entre la star défunte et sa propre personnalité. Une interprétation puissante et magnétique qui amortit le choc de cette débâcle filmique. Puisque même si le jeu pénétrant d’Ana de Armas contrebalance, le spectateur reste face à une œuvre dépeignant tristement une « lolita » en quête d’une figure paternelle et paternaliste. En effet, la vision de Marilyn qui nous est donnée est celle d’une idiote, « blonde » et pleurnicheuse. Comme-ci cette femme n’avait fait que subir toute sa vie, toujours de manière naïve, en attendant l’arrivée chevaleresque de son « daddy ».

 

Dans l’ensemble, Blonde possédait un immense potentiel, notamment grâce à une actrice prête à tout pour offrir le plus bel hommage à Marilyn Monroe, et un réalisateur qui avait déjà fait ses preuves en tant que metteur en scène (surtout avec L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ; 2007). Et s’il est possible de reconnaître à ce film une mise en scène soigneusement exécutée et toute en contemplation visuelle, cela ne suffit pas à enlever les défauts de cet horrible scénario et tous les éléments qui l’accompagnent ; faisant de Blonde une expérience longue en durée et ronflante dans sa présentation. 

Alexandre

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